lundi 21 mai 2012

Lost in translation

Le titre de cet article peut paraître un peu éloigné des préoccupations du modéliste naval. Pourtant, si on travaille sur des modèles étrangers et anciens de surcroît, on est amené à traduire de nombreux documents pour connaître l'histoire du navire et mieux appréhender sa construction.
Et quand, comme moi, on a une connaissance basique de la langue de Shakespeare, qui permet simplement de ne pas mourir de soif dans un pub londonien, la tâche n'est pas aisée.
Mayflower en cale sèche (J.S. Johnston)
Le Lawson History of America's cup, ouvrage datant du début du 20ème siècle est intéressant car il décrit assez précisément les caractéristiques du Puritan. Dans une première tentative, j'avais traduit la phrase "The five lower strakes of the hull were of oak, and copper-fastened" par : les 5 premières virures inférieures de la coque étaient en chêne fixées par des clous en cuivre. Ça m'avait quand même un peu intrigué cette expression "copper-fastened" : était-ce "fixées par des clous en cuivre" ou "recouvertes de cuivre" ? Mon traducteur préféré me proposait "en cuivre fixées". Je connaissais l'usage de plaques de cuivre pour protéger la coque des attaques des tarets, mais dans ce cas, c'est l'ensemble des œuvres vives qui est recouvert, et non pas seulement les 5 premières virures. J'étais donc resté sur l'option "fixées par des clous en cuivre".
Ce n'est qu'en examinant de plus près la photo de Mayflower (construit par le même architecte l'année suivante) en cale sèche que je me suis aperçu qu'il y avait effectivement des plaques de cuivre fixées en partie basse de la carène. En triturant "copper-fastened" dans les moteurs de recherche, j'ai fini par arriver sur cette page. Il s'agissait donc bien d'une doublure de cuivre.

La représentation de ces plaques de cuivre sur une maquette au 1/50e pourrait sembler a priori difficile, mais il n'en est rien. On trouve sur des sites spécialisés en électronique des rouleaux de cuivre auto-collant. J'ai pris le parti de ne pas découper les plaques, ce qui serait un peu fastidieux et n'apporterait rien au niveau du rendu, car cette partie sera peinte ensuite. Il suffit donc de coller les deux bandes de cuivre de part et d'autre de la quille, puis de simuler la jonction des plaques en traçant de simples traits à l'aide d'un portemine très fin auquel on aura retiré la mine. Ce portemine nous sera encore très utile pour simuler les clous de fixation des plaques.

Collage de la 1ère bande de cuivre

La coque vue de dessous

Simulation des têtes de clous

avec un portemine
Le résultat final
Voilà, c'est tout pour aujourd'hui.
À bientôt pour de nouvelles aventures J
DD








dimanche 11 mars 2012

De l'utilité des kits

Alors que je terminais la mise en place du 2ème bordé, j'ai fini par dénicher sur Internet les plans originaux du Puritan. Mais le plaisir de la découverte fut vite assombri par la comparaison avec la coque déjà réalisée. Autant le dessin d'Edouard Burgess est fin et racé, autant le plan du kit semble pataud notamment au niveau de la voûte arrière, épaisse et démesurément allongée du fait d'un positionnement trop en avant du massif d'étambot. J'ai donc dû prendre l'étambot par les cornes si j'ose dire, pour l'entailler afin de rapporter solidement une pièce de bois qui permette de se rapprocher du profil originel.

Le massif d'étambot est avancé de près
de 2 cm  sur le plan de Mamoli

Reprise du massif d'étambot avec
 ajout d'une pièce supplémentaire

Le résultat, après affinage
de la voûte par  ponçage 

De même, sur le plan Mamoli, les bordés recouvrent l'étrave. On peut voir sur le plan d'origine et sur les photos d'époque, qu'il n'en est rien. Les bordés sont implantés de manière classique dans la rablure de la pièce maîtresse de l'étrave, qui bien que très effilée au niveau de la ligne de flottaison, reste visible. Là aussi, il faut ajouter du mastic à bois et de l'huile de coude pour redonner une forme qui se rapproche de la réalité.

La proue de Puritan

Reprise de l'étrave
Enfin, j'étais tout fier d'avoir terminé la mise en place du safran. Mais en regardant de plus près une photo du Mayflower en cale sèche, on peut voir que le système de fixation est complètement différent de celui proposé par Mamoli : en haut, la mèche de gouvernail rentrant dans la jaumière est bien visible, en bas l'axe du safran est monté sur une crapaudine. Entre les deux, le pivotement du safran est guidé par deux pentures.
Bon... ben, là encore, quand on est motivé on ne compte pas; on casse tout et on refait !
Mayflower, grande sœur de Puritan qui  défendra la Coupe en 1886

Système de fixation proposé par Mamoli

On casse, mais délicatement !

Un des avantages de boire
des grands crus ;-)

La jonction safran/étambot
revue et corrigée 
Alors, pourquoi choisir un kit, si l'on doit presque tout reprendre ? C'est effectivement une question que l'on peut se poser et il est certain que je choisirai mon prochain modèle à partir d'une monographie ou de plans de qualité. Mais en ce qui concerne le Puritan, je dois néanmoins rendre grâce à Mamoli car si la jolie boîte dans la vitrine n'avait pas attiré mon attention, je serais certainement passé à côté de ce voilier magnifique et de son histoire.

A bientôt J
DD  




dimanche 15 janvier 2012

La construction de la coque - 2ème étape

Puritan en cale sèche
Il s'agit maintenant de mettre en place la deuxième couche du bordé qui sera constituée d'une essence de bois noble. Sur le Puritan, les 5 bordés inférieurs étaient en chêne recouverts avec des plaques de cuivre et les suivants étaient en pin dur. Ces essences ne sont pas utilisées en modélisme car leur grain est trop grossier et le rendu à l'échelle n'est pas réaliste. Mamoli fournit dans son kit des baguettes d'acajou, mais ce bois n'est pas non plus adapté. Il a les mêmes inconvénients que les essences précédemment citées et de plus, il est fragile et donc difficile à travailler. Il faudrait utiliser du poirier, l'essence reine en modélisme naval, mais comme la coque sera peinte, je vais faire avec l'acajou.
Pour cette deuxième couche, il va falloir affiner les bordés à chaque extrémité comme sur un vrai navire, afin de développer harmonieusement le volume de la coque. Dans la réalité, les bordés sont généralement constitués de plusieurs planches mises bout à bout, car les arbres ne sont pas assez grands pour fournir des bordés d'un seul tenant. On parle alors de virures. Si, comme en modélisme d'arsenal, le boisé de la coque restait apparent, il  faudrait respecter ces règles. Mais ce n'est pas le cas ici et les baguettes d'acajou seront donc collées d'un seul tenant.
Remplacement de virures sur  Sobria
Calcul des largeurs des bordés
La méthode est simple : on prend la mesure du bord extérieur du maître couple moins les 3 bordés supérieurs appelés "bordés de pavois" et le bordé inférieur appelé "galbord" qui ne doivent pas être affinés. On divise cette mesure par la largeur d'un bordé (5mm) ce qui va nous donner le nombre de planches à poser. On prend ensuite la mesure des couples de poupe et de proue que l'on divise par le nombre des bordés précédemment calculés afin de déterminer la largeur des bordés à leurs extrémités.
Repérage de l'emplacement des bordés 
sur le maître couple et  sur la proue
Effilage ou brochetage des bordés
Il y a bien des techniques et des outils pour effiler les bordés. J'ai choisi une méthode rustique qui n'est pas très productive mais qui a l'avantage de demander peu d'outils. On reporte les calculs précédents sur les baguettes qui sont ensuite positionnées en biais entre deux équerres d'aluminium de manière à ce que seule la partie à enlever soit apparente. Le tout est solidarisé avec quelques serre-joints et placé dans l'étau de l'établi.  Il suffit alors d'effectuer quelques passes fines avec un ciseau à bois bien affûté pour éliminer tout ce qui dépasse. Il faut bien entendu faire la même chose pour l'autre extrémité de la baguette. On peut travailler 2 bordés en même temps pour aller plus vite et obtenir un résultat identique pour chaque côté.
Une fois l'effilage effectué, les bordés sont mis à tremper dans de l'eau tiède pendant 1/2 heure afin de les rendre plus flexibles. Ils sont ensuite collés par paire, un de chaque bord pour équilibrer les efforts de traction dus au séchage du bois. Il est préférable de coller le côté effilé contre le champ non travaillé du précédent bordé afin d'avoir une base rectiligne et éviter de cumuler sur les mêmes bords les petits défauts résultants de l'effilage.
Effilage des bordés au ciseau à bois
Trempage des bordés dans la baignoire
Pose du premier bordé de pavois
Chéri, tu peux étendre la lessive  ?
 J'ai dû rendre les épingles à linge...
Mais finalement les vis à border sont plus efficaces
Collage par paire pour équilibrer les efforts
Pose du dernier bordé aussi appelé "galbord"

Voilà, le bordage de la coque est terminé. Il ne reste plus qu'à enduire légèrement et poncer pour obtenir une belle surface avant la mise en peinture. Il va falloir aussi corriger les erreurs du kit Mamoli en se basant sur le plan original dessiné par Eward Burguess et malheureusement découvert alors que la réalisation de la coque était bien avancée.

C'est ce que nous verrons la prochaine fois !

À bientôt J
DD



vendredi 25 novembre 2011

La construction de la coque - 1ère étape

Autant vous le dire tout de suite, si c’était à refaire, je partirais des plans originaux car les modifications à apporter afin d’obtenir un résultat qui se rapproche de l’original sont nombreuses et chronophages. Mais nous verrons cela au fur et à mesure de l’avancement de la construction.
Plans originaux  retrouvés sur Internet après avoir commencé la construction de la coque.
Ils m'ont néanmoins été précieux pour tenter de retrouver l'élégance originelle du Puritan. 
La méthode proposée par Mamoli est tout à fait classique : des couples prédécoupés sont à assembler sur une plaque de coque comparable à une contre-quille très agrandie, le tout en contre-plaqué de 4mm d'épaisseur. La plaque de coque doit être affinée au niveau de l'étrave et du gouvernail et il faut préparer le puits de dérive avant la mise en place des couples.
La plaque de coque avec le puits de
dérive prête à recevoir les couples
Positionnement des couples
Collage de la plaque de pont
Façonnage de la poupe
Les couples seront collés sur la plaque de coque en faisant bien attention au respect de l'équerrage vertical et horizontal. Un fois l'ensemble bien sec, on peut procéder à l'assemblage de la plaque de pont. Il faut bien vérifier qu'elle soit partout en contact avec le haut des couples qui font office de barrots, afin d'obtenir un pont qui aura un bouge et une tonture corrects.

Les formes de la poupe et de la proue sont façonnées dans des blocs de bois tendre collés entre les couples afin de faciliter la pose des bordés. C'est à ce moment là qu'il faut donner de l'angle aux arrêtes des couples par ponçage, afin que les lattes du futur bordé soient en contact sur toute l'épaisseur de chaque couple. Il est conseillé de faire des tests à blanc pour voir si les lattes épousent sans effort l'ensemble des couples et que le tout file bien.

Ça y est, la structure de la coque est prête à recevoir le bordé !

Pose des 3 premiers bordés en prenant
la plaque de pont comme repère
Pose des 3 premiers bordés : vue en plongée
Pose du galbord au niveau de la quille
Pose du tableau arrière
Bordage de la poupe
Découpe des bordés sans affinage
au niveau de la proue
On va maintenant utiliser la technique du double bordé. Un premier bordé en bois tendre, appelé contre-bordé  est collé sans affinement des baguettes. Vient ensuite le deuxième bordé en acajou où chaque latte devra être affinée à ses deux extrémités comme pour un vrai navire, afin reproduire la courbure de la coque. L’avantage de cette technique est que les défauts, creux et bosses peuvent être éliminés par un enduit et un ponçage intermédiaires avant la pose du 2ème bordé. C'est que nous verrons dans le prochain post...

A bientôt  :-)
DD
1ère passe d'enduit pour éliminer les défauts avant mise en place du 2ème bordé

dimanche 13 novembre 2011

Ça y est, c'est parti !

Cela fait maintenant plus de 15 ans que je suis entré dans cette boutique de modélisme du boulevard Saint Germain à Paris. Une boite de construction avait attiré mon attention dans la vitrine. Les photos montraient un bateau aux lignes épurées qui me faisait penser à ces anciens cotres pilotes du Havre qu'on appelait les Hirondelles. Ce fut ma première rencontre avec le Puritan, je n'en avais jamais entendu parlé auparavant. En lisant le résumé sur le couvercle, j'appris qu'il s'agissait d'un sloop américain qui avait gagné la Coupe de l'America en 1885.
Je suis rentré chez moi avec la boite, mais pris par d'autres activités, je me contentais de l'ouvrir de temps à autre, pour admirer son contenu et déplier les plans en imaginant les plaisirs de la construction à venir. A cette époque, j'étais loin d'imaginer vers quelles nouvelles aventures il allait m'embarquer !

Il y a quelques mois, je décide enfin de me lancer dans la construction. En cherchant sur Internet des conseils de réalisation en matière de modélisme naval, je suis arrivé sur le site de Gérard Delacroix et notamment sur le forum Marine & Modélisme d'Arsenal où de nombreux passionnés partagent leurs savoirs. J'ai ainsi découvert le modélisme d'arsenal qui consiste, comme au temps de Colbert dans les arsenaux, à construire un modèle réduit en respectant dans les moindres détails non seulement l'aspect extérieur, mais aussi l'ensemble des pièces constituant l'architecture du navire : charpente, vaigrage, bordé... J'y ai aussi découvert le travail de Jean Boudriot et la magnifique collection d'archéologie navale éditée chez Ancre.
Puritan dans la version proposée par Mamoli
J'ai passé des heures et des heures sur le forum à essayer d'appréhender l'ensemble des connaissances qui sont nécessaires à la réalisation d'un modèle réduit de qualité. Mais au delà des techniques de construction, j'ai retenu l'approche qui consiste à se tenir au plus près de la réalité historique, en effectuant au besoin des recherches sur le navire et sur son époque. Comme le dit Gérard Piouffre dans un ancien article de la revue MRB, le modélisme ne doit pas se réduire à la réalisation d'un bel objet, il doit être aussi un outil de connaissance.

J'ai donc, en toute modestie, essayé d'effectuer un petit travail d'historien facilité par cette fantastique base de données qu'est Internet. J'ai ainsi pu retracer la carrière de Puritan, retrouver les plans originaux ainsi que des photographies de grande qualité. Cela m'a aussi permis de constater que, malgré la qualité du kit de Mamoli, nombres d'éléments sont manquants ou reproduits de façon erronée. Mon idée est donc de faire ce que l'on appelle du "kit-bashing", c'est à dire partir du kit et améliorer ou ajouter tous les éléments nécessaires pour réaliser un modèle qui soit la représentation la plus fidèle possible de l'original.

J'essaierai donc de poster régulièrement l'avancement des travaux ainsi que les problèmes, difficultés et questions que je serai immanquablement amené à rencontrer.

À bientôt :-)
DD